Population et Développement en Afrique : Indicateurs essentiels (Comprendre les évolutions en cours)
Logo PODEV-IN Bienvenue sur PODEV-IN

La révolution des données : l′Afrique doit s′en saisir pour accélérer son développement socioéconomique !

Date_heure.html";





Contenu de la page

L’Afrique ploie sous le poids de la pauvreté


Principaux concepts

La pauvreté est devenue un thème récurrent suite à la longue période de crise économique qui a frappé le monde au cours des dernières décennies. Le phénomène qui n′est pas nouveau préoccupe par le choix des instruments pertinents pour son analyse. L′analyse distributionnelle aide à mesurer les écarts et à juger certains déséquilibres (courbe de Lorenz, indice de GINI ou de Theil, loi d′Engels, etc.) sans toutefois donner à saisir proprement toutes les dimensions de l′exclusion et de dénuement (notion de pauvreté, ses caractéristiques, causes et conséquences de la pauvreté, les solutions rationnelles …).

Démographie et pauvreté

L′un des penseurs qui a le plus soulevé de débats autour de la population est Malthus. Dans toutes ses œuvres on retrouve l′idée de l′équilibre de la population. Cet équilibre s′établit en relation avec les ressources économiques. Par ses positions tranchées, il pouvait passer pour réactionnaire qui n′éprouvait aucune sympathie envers les pauvres alors que dans ses discussions ressortait un réel souci pour le bien-être des masses (Nathan Keyfitz, 1980). Ainsi, la grande préoccupation autour des questions de population et du développement vise à réduire, voire éradiquer la pauvreté.

Dans les principes d′économie politique, Malthus rend les prolétaires responsables de leur destinée.

Mais également il conçoit que les freins préventifs (mariage tardif notamment) ne sont efficaces que grâce à l′état des institutions politiques et des structures sociales, lesquelles conditionnent largement le processus et le rythme de la croissance économique (Lux André, 1980). Les interprétations données aux pensées de Malthus ne sont pas toujours fidèles (non disponibilité des œuvres originales en langues maîtrisées, traductions avec commentaires orientant le lecteur, etc.). On sait néanmoins qu′il se réclame au plan économique de Smith et s′oppose à Ricardo (Jacques Wolff et ali, 1980), l′une de ses limites fondamentales étant l′absence d′aperçu des évolutions scientifiques et technologiques pouvant permettre de maîtriser une forte démographie et de se fait éviter la paupérisation. Ces limites ont été relevées par maints auteurs dont Lester R. Brown (1971) qui, dans le cas américain, montre les innombrables possibilités d′accroissement des sources et des rendements alimentaires, incluant la transformation des produits pétroliers en produits alimentaires, ainsi que Paddock R. William (1971) qui développe les multiples possibilités économiques de l′agriculture.

Peut-on voir les tendances actuelles de la pauvreté en terme d′optimum de population ?

L′optimum de population pourrait être défini comme la situation dans laquelle la population globalement jouit de la plus grande qualité de vie. En d′autres termes, chaque personne reçoit une quantité adéquate de nourriture, est suffisamment fournie en matière première pour fabriquer les outils et les machines dont elle a besoin et l′énergie est disponible aussi bien que l′eau et l′air de bonne qualité. Outre ces éléments relatifs aux nécessités vitales, il faut inclure les soins médicaux, les facilités de loisir et le développement culturel. On peut aussi citer les contraintes sociologiques et psychologiques à desserrer tels que la disponibilité en espace et en besoin d′intimité (solitude). S. Fred Singer, Is There an Optimum Level of Population ? p.xi.

L′alimentation étant un impératif pour la vie de l′homme, il va de soi que besoins alimentaires et croissance démographique vont ensemble. Cette nécessité fondamentale qui existe depuis fort longtemps n′est apparu dans les débats scientifiques qu′avec T.R. Malthus. On peut pour cela observer que la croissance démographique est restée relativement très lente jusque vers 1750 et malgré les multiples crises traversées, on n′a pas aperçu un problème de survie lié à la difficulté de nutrition. Il est alors compréhensible qu′à l′origine, les options scientifiques et technologiques n′aient pas apparu comme une alternative à la lutte contre la famine. Dans le premier des 6 éditions de « Essay on the principle of Population » Malthus indique clairement que la nourriture étant nécessaire à la vie de l′homme, un équilibre devrait à tout moment être recherché entre la population et les ressources pour sa survie. Pour donner une illustration, il observe que les plantes et les animaux risquent de disparaître en l′absence des nutriments pour leur croissance et ce n′est pas l′homme qui pourrait échapper à une telle contrainte (Poleman & ali., 4-5). Ce débat culmine au cours du 19è siècle avec le grand progrès réalisé dans l′agriculture dans presque tous les continents. Cette période est elle-même suivie par une autre qui débute en 1900, impliquant essentiellement les pays développés qui ont mis au point les semences sélectionnées, les nouveaux intrants, la mécanisation et autres prouesses techniques.

C′est dans ce contexte que les idées de Malthus ont presque été oubliées aux alentours de 1930. Pour les pays développés, la préoccupation est plutôt à l′accroissement de la population pour faire face aux impératifs politiques et militaires. Pour illustration, des allocations familiales sont accordées aux familles nombreuses; en Union Soviétique et en Allemagne Nazie, des médailles sont distribuées aux mères prolifiques (Poleman et ali., p.5). Il y a même plutôt une surabondance de produits alimentaires d′autant plus néfaste à l′évolution économique que des barrières commerciales se sont établies entre les pays industrialisés, réduisant les échanges. La seconde guerre mondiale a été le point de départ d′une nouvelle recomposition géostratégique du monde marquée par la relégation de l′Europe en seconde place et l′émergence d′un nouveau pôle dénommé Tiers Monde incluant l′Afrique Tropicale, l′Amérique Latine et l′Asie, une place particulière devant être accordée aux géants asiatiques que sont la Chine et l′Inde. Ces différentes forces en présence font aussitôt ressurgir les besoins alimentaires au niveau planétaire nécessitant l′octroi d′aides, processus qu′inaugurent les États Unis d′Amérique et qui doit être relayé et diversifié par un organisme de l′ONU nouvellement créée, vue l′ampleur du problème, la FAO qui naît en octobre 1945.

Depuis lors, cette structure, souvent avec le département de l′agriculture des États Unis d′Amérique, a soulevé de nombreuses questions autour de l′alimentation : la ration quotidienne recommandée, la capacité agricole à subvenir aux besoins d′une population croissante, le niveau de sous-alimentation ou de malnutrition, etc., tout cela soulevant de multiples questions conceptuelles et méthodologiques. La plupart des études menées ont montré un grand besoin alimentaire à travers le monde. En prévision certains auteurs prévoient qu′à l′orée de l′an 2000 où on attend les six milliards d′êtres humains sur terre, se serait la grande famine que d′autres situent même plutôt 25 ans plus tôt (Poleman & ali., p. 10). Sur la même lancée, on retrouve de nombreuses positions. " Who shall live? Man′s Control over Birth and Death” est l′un des titres illustratifs de cette préoccupation des années 1970. C′est une étude commandée par le groupe « American Freinds Service Committee » et qui, sur la base des données relatives à la baisse de la mortalité et à la quasi-stabilité de la fécondité conduisant à une sorte de boom démographique, affirme qu′il est impossible d′améliorer la qualité de la vie dans le monde sans s′attaquer prioritairement au problème de surpopulation dont les tragiques corollaires sont la pauvreté, l′ignorance, la malnutrition et les maladies. Outre cette qualité de la vie, il est mis en exergue la paix difficile à maintenir face à des millions d′affamés, de sans abris menant une vie sans espoir (Hill & Wang, p. xiv). Les recommandations issues de « The Global 2000 Report to the President » vont dans le même sens. Ce rapport publié pour le gouvernement américain en 1980 fait le point sur les principaux problèmes prévisibles en l′an 2000. La population tient une place centrale, car c′est son évolution qui va conditionner l′état des ressources naturelles et de l′environnement. Le mieux alors est d′entamer de profonds changements avant que les problèmes éventuels n′atteignent le seuil critique. Entre autres mesures, une collaboration juste et généreuse doit prévaloir entre les nations nanties et les nations pauvres. Le rapport fait observer qu′en cette fin des années 1970, des centaines de millions d′êtres humains ploient sous le poids d′une grave pauvreté et si rien n′est fait, ceux qui vivent en-deçà du minimum existentiel vont faire main basse sur tout ce qu′ils trouvent dans leur environnement sans tenir compte de son degré de détérioration (Barney, Vol. 1, p.iv). La particularité de ce rapport réside dans la prise en compte de toutes les composantes de la vie sur terre : population, ressources économiques de toutes origines, énergies, eau, faune, flore, environnement, techniques diverses d′exploitation et de transformations des ressources… Le facteur population est important en ce qu′au cours des années 1960 et 1970, alors que le mouvement général est à la baisse du taux de croissance démographique dans les régions développées, il en va tout autrement dans les pays en voie de développement qui continuent de connaître une baisse dans leur mortalité sans que les tendances de la natalité ne se modifient. [A noter les conditionnalités des aides et par suite leur limite à résoudre globalement le problème au niveau planétaire : zones d′influences géostragétiques]

Mais il n′y a pas que des pessimistes. Au début des années 1950 des auteurs tel que Bennett M.K. critiquent la méthodologie utilisée dans les enquêtes mondiales sur l′alimentation, bases des études réalisées, en relevant notamment les affirmations qui surestiment les besoins alimentaires et créent donc des déficits fictifs. La conclusion est alors que la réserve alimentaire mondiale peut nourrir une population beaucoup plus nombreuse et à long terme que ne le prévoient certains rapports de la FAO. Cette nouvelle a finalement convaincu la FAO elle-même au point que dans son rapport « État de l′alimentation et de l′agriculture en 1969 » elle affirme que les problèmes alimentaires pour le futur risquent bien plus d′être ceux du surplus que du manque!

Une remarque importante est que si l′on réduit les problèmes de population à la seule alimentation, on risque de tomber dans le même piège intellectuel que Malthus à qui il a manqué des arguments scientifiques pour modérer certaines prises de position. Quel est l′effet des forces sociales dans l′ajustement au milieu ambiant par rapport à la disponibilité en potentiel de subsistance? Peut-on prévoir les limites technologiques et scientifiques dans l′amélioration de la production et de la productivité alimentaire? Le succès de la révolution verte çà et là donne à réfléchir sur les possibilités encore inexploitées, telles l′extrait des produits alimentaires à partir de l′exploitation pétrolière. Les succès remportés dans les régions sud-est asiatiques rappellent aussi que certaines conditions doivent être remplies afin qu′aboutissent certains programme de développement. Comme le fait remarquer Polemen, autrefois on pensait que pour atteindre une maîtrise de la démographie, il suffisait de disposer d′un haut-parleur et des produits contraceptifs. Aujourd′hui il est connu qu′une telle opération ne réussit bien qu′avec une bonne amélioration de l′éducation (surtout celle des jeunes filles), une sécurité sociale garantie, et une baisse de la mortalité infantile, toutes choses qui se réalisent aisément avec une amélioration significative du niveau de vie.

Le problème d′alimentation et de pauvreté est donc un problème récurrent pour lequel il est difficile de trouver une solution unique et immédiate. La dernière crise économique des années 1980 et 1990 vient remettre sur la sélecte ces questions et rappeler qu′elles ne pourront pas avoir des solutions définitives.

Jean COUSSY s′inscrit dans cette lignée des optimistes et s′interroge autrement sur la question. La menace de la crise malthusienne est-elle réelle aujourd′hui ? Depuis 1973, on a ressenti quelques crises de pénurie alimentaire en Afrique : Sahel Occidental, Corne de l′Afrique, l′Afrique Australe. Elles sont dues aux accidents climatiques ou politiques (à l′immédiat), et à long terme à la faible productivité agricole, à l′insuffisance des stocks, aux difficultés d′accès aux stocks, à une spécialisation poussée dans les cultures de rente. Et le boom démographique ?

Ces crises ressemblent à celles connues autrefois par tous les continents, ayant suscité les premiers schémas théoriques de crises démo-économiques : rupture brutale des approvisionnements internes (guerres, accidents climatiques) poussant à la famine, et induisant une hausse de mortalité (hommes et bêtes), voire une réduction temporaire de la fécondité. Aujourd′hui, les crises alimentaires africaines s′inscrivent dans un autre contexte : i) stocks agro-alimentaires mondiaux importants, ii) moyens financiers internationaux disponibles, iii) infrastructures de transport et de communication suffisantes et bonnes, iv) migrations aisées en cas de problème, v) progrès patents dans les systèmes d′alerte et dans l′action humanitaire. Tout ceci conduit à amortir les crises de pénurie alimentaire. L′importation alimentaire commerciale et les aides alimentaires contribuent à réduire ces risques. Tout ne va pas bien cependant en matière alimentaire en Afrique où on trouve encore des régions très enclavées, isolées par les accidents géographiques, des zones de conflits armés, des territoires sous embargo politico-militaire. Même dans ces cas extrêmes, les relations internationales servent, à court terme, d′amortisseur de crise de subsistance. On en déduit donc qu′il n′y a pas, outre les guerres, d′effets durables sur la croissance démographique des pénuries alimentaires.

L′Afrique subsaharienne a gardé un taux de croissance élevé de près de 3,1 % par an. On a alors craint que cette croissance entraîne une baisse par tête de la production nationale, des recettes minières et pétrolières, des dépenses publiques, des services sociaux… Une telle perspective conduit aux risques de surexploitation des sols, de détérioration de l′environnement, de désertification et de déforestation, aux effets nocifs de l′urbanisation, aux probabilités croissantes des conflits fonciers et des guerres territoriales (Cleaver, 1993).

Dans les années 1960-70 on n′a pas, comme le prévoyaient les prévisions catastrophiques liées à la croissance démographique, noté de corrélation positive entre croissance démographique et croissance des revenus par tête, à l′échelle mondiale. En Afrique SS, l′observation a révélé que cette croissance a été bénéfique dans les contextes de faible densité, la disponibilité en terre et la mobilité des populations (vers les zones faiblement peuplées et riches), ouvrant les possibilités de croissance extensive. Parfois, malgré le caractère extensif de la croissance de l′agriculture africaine, des effets ‘Boserup′ (intensification du travail, hausse d′accumulation et progrès techniques) ont pu avoir lieu. L′urbanisation rapide a créé une plus grande demande alimentaire, d′où stimulation de la production vivrière…



Estimer la pauvreté via l′alimentation

De nombreux besoins sont nécessaires à la vie de chaque individu. Le niveau de bien-être est donc la résultante de la satisfaction de ces différents besoins. Cependant, il apparaît assez clairement que la question alimentaire est celle qui est à la base de multiples débats sur l′adéquation entre la population et le développement. Dans le cas de l′Afrique, on peut ainsi résumer en une seule question ces préoccupations : comment nourrir convenablement une population de plus en plus nombreuse dans un environnement à faible croissance économique ? La nutrition comporte un volet quantité qui mesure les calories absorbées en moyenne par jour et un volet qualité qui fait référence à l′équilibre du régime alimentaire, c′est-à-dire aux différentes composantes nutritives qui fournissent une quantité donnée de calories. Dans le cadre de l′étude de la pauvreté alimentaire, on se contente généralement de la quantité. Il suffit alors de définir un seuil de pauvreté alimentaire pour que la population soit scinder en pauvres et en non pauvres.

Une telle approche n′est pas à proprement parler restrictive. Il sera difficile pour un ménage bien nourri d′être sans abri, de ne pas avoir un habillement décent, etc.. En somme une bonne alimentation ne sera atteinte que lorsque les besoins dits essentiels seront satisfaits. Sinon, une partie des dépenses alimentaires pourrait être affectée à ces besoins, hypothéquant de facto le relatif équilibre alimentaire existant. C′est ce que démontre la loi d′Engels qui stipule que plus on est pauvre, plus est grande la part des dépenses alimentaires par rapport aux dépenses totales. La richesse en question renvoie davantage au revenu global ou aux dépenses totales et non à la consommation alimentaire. Par conséquent, si l′on s′en tient à la pauvreté alimentaire, il n′est pas évident que la loi d′Engels soit encore vérifiée, car l′absorption de grandes quantités de calories par jour n′implique pas nécessairement un haut niveau de revenu, l′équilibre alimentaire étant parfois difficile à observer aussi bien parmi les riches que parmi les pauvres.

Le Fonds International de Développement Agricole (FIDA) observe qu′au début des années 2000 1,4 milliards de personnes survivent avec moins de 500 francs CFA/jour, chiffre devant atteindre 1,9 milliards en 2015. Ces personnes touchées par l′extrême pauvreté et la sous-alimentation vivent à la campagne en majorité. Il faut donc plus d′informations sur les projets ruraux et les indices socio-économiques ainsi que les préoccupations en matière de développement local de ces personnes, l′ensemble devant aider à mieux orienter l′aide alimentaire. Une telle déclaration donne à réfléchir sur les conditions de vie de certaines couches sociales. Néanmoins, on ne peut s′empêcher de s′interroger sur la pertinence des chiffres avancés. Tout d′abord, quelles tranches de la population sont concernées par ces chiffres (toute la population ou les adultes uniquement ?). Une échelle d′équivalence est-elle utilisée pour corriger le facteur âge ? Les 500 francs sont-ils les dépenses alimentaires, les dépenses totales ou le revenu moyen ? S′il s′agit par exemple de dépenses moyennes par tête, alors avec le ménage africain qui fait environ 5 personnes, on arrive ainsi à des dépenses moyennes mensuelles de 75000 francs CFA.

La FAO, par la voie de son sous directeur général dans le rapport sur les perspectives de l′alimentation, déclare qu′en 1984 les désastres causés par l′homme ne représentaient que 10 % du nombre total de situations d′urgence, alors qu′aujourd′hui il dépasse 50 %. C′est donc l′homme qui est la première cause de la famine ! (EQ&PO n° 50, P. 8) Il s′agit des conflits armés aux conséquences très néfastes sur les conditions de vie des populations et des intolérances politiques qui conduisent aux embargos dont les victimes sont encore essentiellement les populations innocentes. Ces conflits inter-états peuvent-ils ressortir des crises malthusiennes ? Si oui, ils résulteraient des densités fortes nécessitant une extension de l′habitat, voire de graves crises alimentaires poussant à la famine. Bien que la majorité des pays africains soient classés pauvres, les guerres entre eux sont liées davantage aux questions économiques (exploitation de ressources naturelles) ou de souveraineté (disputes sur les frontières héritées de la colonisation). Au plan interne, on note cependant çà et là des incidents dont les origines peuvent être aisément liées aux fortes densités de population rurale. C′est le cas au Cameroun avec des affrontements ethniques dans certains villages du nord-ouest, ou les conflits agriculteurs/éleveurs dans le nord (à des endroits où la densité de peuplement n′est pas particulièrement élevée). Au total ces cas internes peuvent être considérés comme marginaux dans les causes de paupérisation et de malnutrition des populations camerounaises.

Cependant, selon une étude de la Banque Mondiale (1991), l′Afrique subsaharienne par sa forte croissance démographique, connaît d′importants problèmes agricoles et d′environnement. Burundi, Éthiopie, Ghana, Nigeria, Rwanda et Togo sont nommément cités comme pays connaissant des crises économiques et environnementales avec la stagnation agricole, la déforestation, la dégradation des sols et la désertification. Par endroit, la jachère ne suffit plus à régénérer les sols dont la fertilité décroît régulièrement. L′élevage extensif est aussi un facteur de dégradation de l′espace et en fin de compte pauvreté, malnutrition et mortalité infantile et juvénile gagnent du terrain (WB, 1991, Box 3.4).

Les données nécessaires au calcul des consommations alimentaires ne sont pas individuelles mais portent sur le ménage, unité de consommation par excellence. Il est difficile dans ce contexte de différencier ce que chaque personne à part a consommé. Comme on cherche à déterminer le niveau de bien-être, tous les membres du ménage ont alors le même niveau, bien que de façon générale le repas par exemple ne soit pas toujours partagé équitablement. Si cette situation inégalitaire est peu compréhensible entre adultes, elle peut est normale en fonction de l′âge. On tient compte de ce dernier cas en faisant recours à une échelle d′équivalence basée sur l′âge du membre du ménage. Ici encore, des études spécifiques pour chaque pays et strate de la population devraient être menées pour estimer la part de consommation dans le ménage selon l′âge du membre. En plus de l′âge, d′autres critères pourraient être pris en compte tel que le statut dans le ménage (chef, épouse, enfants propres et enfants placés, etc.), la contribution aux dépenses du ménage, etc.. Vue la complexité de ces particularités, une échelle d′équivalence universelle semble bien difficile à déterminer. Le cas simple couramment utilisé consiste à créditer du poids 1 toute personne âgée d′au moins 15 ans et ½ pour les moins de 15 ans. Une échelle proposée par l′OCDE dans sa publication sur les indicateurs sociaux confère le poids 1 au premier adulte du ménage (généralement c′est le chef), 0,7 à tout autre adulte et 0,5 à chaque enfant. Un tel découpage tient compte du fait que celui qui tient la bourse du ménage a tendance à se servir plus généreusement (boissons achetées, repas pris hors du ménage, etc.). Il ignore les rôles différents joués par les autres adultes et qui peuvent influencer leur niveau de consommation individuelle. Par ces quelques exemples, il est aisé de démontrer que le choix de l′échelle d′équivalence influence la mesure de la pauvreté (Buhmann et al., 1988 ; Coulter et al., 1992).

L′équivalence recherchée est déterminée par rapport à l′adulte au sein du ménage. Dans la plupart des échelles proposées, le chef de ménage a le coefficient 1, celui des autres membres étant inférieur ou égal à 1. Le principe consiste à diviser les ménages en n niveaux de consommation dont chacune nommée j est affectée d′un coefficient βj. Pour un ménage i, si Qi est sa consommation totale, Ti sa taille et Ti sa taille en équivalent adulte, il existe des paramètres tij (effectifs appartenant aux n niveaux) tels que Equation 103 et Equation 104. La consommation en équivalent adulte est alors Φi=Qi/Ti. Dans la logique communément utilisée, Ti est toujours inférieur à Ti (car le coefficient maximum 1 est attribué au chef de ménage) et est d′autant plus petit que le découpage du ménage en n niveaux est fin. La consommation en équivalent adulte Φi est donc surestimée, ce qui implique une ligne de pauvreté plus haute et en conséquence des indices de pauvreté plus élevés.

Une autre logique consisterait à identifier ce que pourrait être l′adulte type ou l′adulte moyen à qui on attribuerait alors le coefficient 1. Le chef de ménage apparaît alors comme l′individu qui consomme un peu plus que l′adulte moyen, étant donné que c′est lui qui décide en génêral du budget, s′arrogeant parfois des consommations supplémentaires. Son coefficient de consommation est donc supérieur à 1 et celui des autres classes inférieur à 1. Dès lors, la relation entre Ti et Ti n′est plus évidente. La détermination des coefficients βj ne doit pas être aléatoire, mais résulter d′une étude approfondie de la structure de consommation par âge dans les ménages, et par conséquent dépendre des populations concernées qui ont des habitudes alimentaires variées.

Dans le cas d′un découpage du ménage en trois classes donc : 1) chef de ménage, 2) autres adultes et 3) enfants, les valeurs de βj dépendent de la population choisie, mais généralement on peut les choisir ainsi qu′il suit : β1=1,5, β2=1 et β3=0,5.

Dans ces conditions et compte tenu du fait que les mesures de référence sont déjà entachées d′imperfections notoires, les indicateurs de pauvreté peuvent-ils être considérés comme essentiellement aléatoires ?

Comment établir un indice synthétique de niveau de vie basé sur les paramètres socio-démographique ? Les composantes pourraient être :
• les avoirs (équipements maison, biens divers)
• Caractéristiques de l′habitat
• lieu de résidence (urbain/rural)
• Religion
• Ethnie
• niveau d′instruction
• parité
• taille du ménage/famille
• approvisionnement en eau potable
• énergie combustible
• aide reçue de la famille
• mortalité/morbidité.

En revanche, du point de vue de l′individu, cette absence de revenus propres n′implique pas automatiquement la misère. C′est le cas des enfants qui peuvent avoir des niveaux de vie très élevés bien que ne disposant d′aucun revenu, tous les besoins étant satisfaits par les parents. De même, en considérant les adultes, les épouses sont dans de nombreuses familles sans revenus propres, mais mènent un train de vie qui est fonction des revenus de leurs époux. En conséquence, une analyse de la pauvreté en prenant pour unité statistique l′individu ne gagnerait pas à prendre le revenu comme variable de mesure. La consommation effective apparaît pertinente ici.

Calcul des lignes de pauvreté

Méthodes de l’énergie nutritive

Le seuil de pauvreté nutritionnel z est calculé ainsi qu’il suit :

                        Equation 1                                          (1)

Equation 2 sont les coefficients estimés du modèle de régression :

                        Equation 3                          (2)

Yi et Ci sont respectivement la dépense alimentaire et la quantité de ces aliments consommés en kilocalories de l’individu i. R est la valeur recommandée de consommation alimentaire en kilocalories/jour/adulte. Ces paramètres sont définis en équivalent-adulte et par jour (Greer et Thorbecke, 1986).

Trois aspects de la pauvreté sont généralement évalués : l’incidence, l’étendue et la profondeur. Ceux-ci peuvent être analysés individuellement. On se sert des indicateurs tels que le ratio de pauvreté et le ratio d’écart de revenu. Deux principaux indicateurs synthétiques, l’indicateur P et l’indicateur de Sen, permettent d’évaluer simultanément ces différents aspects. Tous deux permettent de faire intervenir la sensibilité à l'égard de la distribution parmi les pauvres eux-mêmes, en particulier de la situation des plus pauvres d'entre les pauvres. L’indice de Sen se fonde sur le calcul du coefficient de Gini parmi les pauvres, alors que l’indice P se base sur la majoration du ratio d’écart de revenu, définissant une famille d’indices décomposables.

Cette famille définie par Greer, Forster et Thorbecke, et connue sous l’appellation mesure GFT est de la forme suivante : Equation 4               (3)

Dans cette formule, a est un paramètre positif, yi la dépense alimentaire de l’individu pauvre j, n est la taille de la population totale et q le nombre de pauvres trouvé à partir du seuil de pauvreté z initialement calculé selon l’équation (1).

P0 est le ratio de pauvreté, P1 (dont la formule simple est Equation 5, Equation 6 étant le revenu moyen des pauvres) et P2 mesurent l’étendue et la profondeur de la pauvreté, permettant de cibler certaines orientations de politique d’éradication de la pauvreté, option que n’offre pas la connaissance seule de P0, notamment lorsque l’on veut mener des actions en faveur des plus pauvres.

Si par exemple on divise la population en m catégories mutuellement exclusives et exhaustives, on peut calculer, pour chaque catégorie j (= 1, 2, …,m) P,j. En notant kj (k1 + k2 + ... + km = 1) la proportion de la population de la catégorie j par rapport à la population nationale, on détermine une mesure P nationale qui est une somme pondérée des mesures

 P,j sectorielles. Soit : Equation 7                                            (4)

Alors, la contribution de chaque catégorie j à la pauvreté nationale est définie comme il suit :

Equation 8                                                 (5)



Méthodes du coût des besoins essentiels

Le principe consiste à déterminer le niveau de dépenses en-dessous duquel on considère qu’un individu (ou ménage) est pauvre. Les dépenses ici couvrent à la fois les produits alimentaires et les produits non alimentaires. La littérature nous offre plusieurs approches méthodologiques. Quelques unes des plus simples sont :

  • Equation 9L’utilisation de la courbe quadratique d’Engel (Ravallion 1994) dans laquelle Yi désigne les dépenses totales de l’individu i et Ci ses consommations calorifiques (sous la même durée) :

où : δ est un terme d’erreur, λ1, λ2 et σ des paramètres à estimer. Le niveau de dépenses Y0 estimé est celui qui correspond à la satisfaction des besoins calorifiques recommandés (2400 kcal/adulte/jour pour le Cameroun) et qui inclut les consommations minimales non alimentaires (besoins essentiels qui comportent un certain nombre d’incertitudes sur leur contenu).


La méthode en deux temps

Ici, on calcule d’abord une ligne de pauvreté alimentaire, puis on cherche à évaluer les dépenses non alimentaires correspondant à ce niveau. Globalement, on se restreint à une fraction de la population pauvre (premier quartile, quintile, décile, centile, etc.). Sur cette population, il faut définir les produits alimentaires les plus consommés au niveau national, puis en déduire la ligne de pauvreté alimentaire. Ensuite, on construit la courbe d’Engel pour les variables Si et Xi/Za, où Si est la part alimentaire des dépenses totales du ménage i, Xi les dépenses totales du ménage i et Za la ligne de pauvreté alimentaire précédemment calculée. On peut inclure dans l’équation un terme pour prendre en compte les variations régionales (Région). Equation 10


Autres approches de la pauvreté par les variables démographiques

En attendant l’évaluation définitive des OMD, il est évident que beaucoup de choses restent à faire et en particulier la pauvreté, thème central de ces OMD, va encore dominer l’agenda post-2015 pour le développement. D’où l’intérêt des suggestions pour une meilleure compréhension de ce phénomène pouvant améliorer les combats menés. Il s’agit de l’utilisation des données anthropométriques pour l’étude de la pauvreté.

Il est aujourd’hui admis que la croissance économique est une condition nécessaire pour la réduction de la pauvreté tel que le relève Haroon Bhorat (2009). Mais d’une part, elle n’est pas la seule et d’autre part les conditions suffisantes restent à établir et à hiérarchiser.

La qualité de la santé a un grand impact sur la productivité et de façon générale on relève à la fois des facteurs directs et indirects de la santé sur une économie donnée, notamment sur l’épargne et l’investissement, sur le PIB à la fois au plan macro et micro. Cependant certains résultats sont limités surtout dans les aspects micro (Justine Burns, Malcolm Keswell, and Rebecca Thornton, 2009 ; Strauss, J., and D. Thomas, 1998 ; Bloom, D. E., D. Canning, and J. Sevilla, 2004).

Contrairement aux idées couramment reçues, Duclos et O’Connell (2009) montrent que les études empiriques sur plusieurs pays ne permettent pas de dire précisément si la pauvreté est une cause majeure de l’absence d’une bonne croissance économique en Afrique Sub-Sahélienne. En effet, on peut se dire que si un pays donné ploie sous le lourd fardeau de la pauvreté, ses moyens sont nécessairement faibles pour élaborer une politique économique soutenue capable de produire des indicateurs positifs, les maigres ressources existantes servant à parer aux besoins élémentaires de la population. Mais justement, du fait de cette situation précaire, si une gouvernance rigoureuse est instaurée et que les ressources humaines, matérielles et financières sont plus efficacement gérées, l’efficience peut rapidement se traduire par des résultats escomptés au-delà des attentes, contrastant avec ce qui est observé lorsque le laisser aller prend le pas. Mais les situations sont plus contrastées et en particulier Luc Eyraud (2009) explique la faible croissance économique de l’Afrique du Sud depuis la fin de l’apartheid par rapport à certains pays à forte croissance économique (Chine, Vietnam, Inde, Russie, Pologne, Ukraine, Corée, Bangladesh, Iran, et Roumanie) par la faiblesse des investissements depuis 1996, due à son tour à une épargne limitée. C’est l’illustration des interrelations entre l’investissement, l’épargne et la production qui dans certains cas peuvent conduire à un développement rapide (d’où meilleures chances de réduire la pauvreté) ou alors perpétrer une certaine paupérisation. 

Des études ont déjà montré que la croissance économique est par essence inégale en fonction des régions. Des situations particulières poussent plus ou moins à investir économiquement et socialement : zones urbaines (plus propices à l’innovation et au développement technique et technologique), ports et aéroports (activités marines et échanges avec l’extérieur), routes et chemins de fer, zones d’une obédience politique privilégiée, etc. (McKay A. and Perge E., 2009).

La relation entre le statut socioéconomique (pauvreté) et la santé est également assez bien connue. Généralement un peuple bénéficiant d’un bon statut socioéconomique est en moyenne en bonne santé et réciproquement. Une illustration de l’impact de l’état de santé sur l’économie peut être observée à travers l’impact d’une nutrition améliorée sur la productivité économique. C’est un effet immédiat vite mesurable. En revanche, les études scientifiques montrant l’effet à long terme de la santé et des choix comportementaux sur les résultats économiques ne sont pas probantes (Duncan Thomas, 2009).

Parmi les nombreux aspects de bien-être, la santé se place en très bonne place. Elle peut être mesurée de plusieurs façons comme le montre Martine Audibert (2009) : taux de mortalité, vie moyenne (moyenne des décès encore appelée espérance de vie à la naissance), morbidité, mesures anthropométriques, etc. Les dernières décennies sont marquées par de multiples décisions prises au niveau mondial pour améliorer le bien-être des populations. Les années 1980 sont éminemment celles qui ont sonné le glas des difficultés mondiales avec pour corollaire la faible croissance économique, la dégradation de la santé et l’exacerbation de la pauvreté. Les mesures économiques de lutte dont les PAS n’ont pas réussi à vite juguler le phénomène. La conférence internationale sur la population et le développement de 1994 au Caire (CIPD 94) a édité une charte à contenu multiple dans laquelle la santé est mise en avant, en l’occurrence la santé de la reproduction. Les Nations Unies ont par la suite estimé qu’il fallait davantage fixer les caps, d’où les objectifs du millénaire pour le développement (OMD) universellement adoptés qui portent sur un certain nombre d’objectifs à atteindre en 2015, incluant en bonne place les questions de santé et de réduction de la pauvreté. Aussi, spécifiquement en Afrique, presque chaque pays a adopté comme plan global de développement le document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP) généralement conçu avec l’appui des institutions de Breton Woods, incluant les préoccupations des OMD (dont le cadre stratégique est l’UNDAF), les autres partenaires (ONG et autres partenaires bilatéraux) s’insérant dans ces cadres tracés.

L’observation aujourd’hui révèle que nombreux sont les pays africains qui ne sont pas sur la voie vers l’atteinte des différents objectifs, notamment ceux relatifs à la santé et à la pauvreté, malgré les nombreux efforts nationaux et internationaux menés depuis 2000.

Dans le chapitre 2 (Where we stand with only a decade to go) de l’ouvrage sous la direction de Jeffrey D. Sachs (2005), il apparaît que l’Afrique globalement scindée en deux (nord et sub-sahélienne) suit deux chemins différents : le nord est globalement en bonne voie vers les OMD tandis qu’en-dessous du Sahara au mieux on a quelques progrès lents, mais en général la situation est négative en ce sens qu’aucun réel progrès n’existe (Jeffrey D. Sachs, 2005).

Les indicateurs anthropométriques peuvent servir à des objectifs divers. A cet effet, le choix des seuils variés peut conduire à des résultats également variés. On a cependant pu montrer que certains choix correspondent à la mesure des risques de mortalité. Dans ce cas, on utilise des méthodes classiques qui décrivent les liens entre les indices anthropométriques et le décès (méthode des moindres carrés et régression logistique), s’appuyant sur l’efficacité de la distinction pour l’indicateur entre ceux qui meurent et ceux qui survivent tels que perçu intuitivement par les praticiens de santé publique concernés par le dépistage (OMS, Chap. 2, 1995). Compte tenu de la variation des seuils des indicateurs choisis, sensibilité et spécificité se combinent pour permettre une meilleure appréciation du phénomène de façon comparative.

Les variables anthropométriques décrivent bien le niveau global de la santé du fait de leur accessibilité dans les bases de données existantes. En fait, 3 objectifs (déclinés en 4 cibles et 15 indicateurs) dans les OMD touchent la santé : i) Objectif 4 : Réduire la mortalité infantile, ii) Objectif 5 : Améliorer la santé maternelle et iii) Objectif 6 : Combattre le VIH/SIDA, le paludisme et d’autres maladies.

Avec ces données, on peut vérifier si une croissance économique forte est suffisamment déterminante pour l’atteinte de certains OMD tels que la baisse de la mortalité et la réduction de la pauvreté.

Bibliographie indicative

Audibert M.; Issues and Challenges of Measurement of Health: Implications for Economic Research, CERDI – CNRS Auvergne University, 2009

OMS, Série des rapports techniques 854 ; Utilisation et interprétation de l’anthropométrie. Rapport d’un comité d’experts ;  1995

An Overview Evidence and Possible Applications to Africa, by Haroon Bhorat, AERC, 2009

Strauss, J., and D. Thomas (1998): “Health, Nutrition, and Economic Development," Journal of Economic Literature, 36(2), 766-817.

Bloom, D. E., D. Canning, and J. Sevilla (2004): “The Effect of Health on Economic Growth: A Production Function Approach," World Development, 32(1), 1-13.

Evaluating the Impact of Health Programmes; By Justine Burns, Malcolm Keswell, and Rebecca Thornton; 2009, AERC

Spatial Inequality and its Implications for Growth-Poverty Reduction Relations; Andrew McKay and Emilie Perge, University of Sussex, UK.; Revised draft, June 2009

The causal effect of health on social and economic prosperity: Methods and findings; Duncan Thomas; Department of Economics and Duke Global Health Institute, Duke University; June 2009

Utilisation et interprétation de l'anthropométrie; OMS - Série des rapports techniques 824; Chapitre 2 : Le cadre technique, 32 pages.

Bruce Cogill, 2003, Guide de Mesure des Indicateurs Anthropométriques; Food and Nutrition Technical Assistance Project (FANTA) ;  Academy for Educational Development 1825 Connecticut Ave., NW Washington, DC 20009-5721 ; USAID, 110 pages

Why Isn’t South Africa Growing Faster? A Comparative Approach, By Luc Eyraud; IMF Working Paper WP/09/25; 2009, 25 pages

Jeffrey D. Sachs and al. (2005), Investing in Development: A practical Plan to achieve the MDG’s /The Millenium Project; A Report to the UN Secretary General; 356 p.

Ernest Aryeetey  (2009), The Informal Economy, Economic Growth and Poverty in Sub-Saharan Africa. Framework Paper prepared for the AERC Project Workshop on “Understanding Links between Growth and Poverty Reduction in Africa”, Accra, Ghana. From website: http://www.aercafrica.org/publications/request.asp?itemid=474&category=

Haroon Bhorat (2009), Growth, Employment Creation and Poverty Reduction: An Overview Evidence and Possible Applications to Africa. Framework Paper prepared for the AERC Project Workshop on “Understanding Links between Growth and Poverty Reduction in Africa”, Accra, Ghana. From website: http://www.aercafrica.org/publications/request.asp?itemid=475&category=

Stefan Dercon (2009), Understanding the links between Growth and Poverty Reduction in Africa. Framework Paper prepared for the AERC Project Workshop on “Understanding Links between Growth and Poverty Reduction in Africa”, Accra, Ghana. From website: http://www.aercafrica.org/publications/request.asp?itemid=476&category=

Jean-Yves Duclos and Stephen A. O’Connell (2009),  Is Poverty a Binding Constraint on Growth in Sub-Saharan Africa? Framework Paper prepared for the AERC Project Workshop on “Understanding Links between Growth and Poverty Reduction in Africa”, Accra, Ghana. From website: http://www.aercafrica.org/publications/request.asp?itemid=477&category=

Pramila Krishnan (2009), Analysing Transfers and Social Protection Programmes in Africa. Framework Paper prepared for the AERC Project Workshop on “Understanding Links between Growth and Poverty Reduction in Africa”, Accra, Ghana. From website: http://www.aercafrica.org/publications/request.asp?itemid=478&category=

Andrew McKay and Emilie Perge (2009), Spatial Inequality and its Implications for Growth-- Poverty Reduction Relations. Framework Paper prepared for the AERC Project Workshop on “Understanding Links between Growth and Poverty Reduction in Africa”, Accra, Ghana. From website: http://www.aercafrica.org/publications/request.asp?itemid=479&category=

Machiko Nissanke (2009), Linking Economic Growth to Poverty Reduction under Globalisation: A Case for Harnessing Globalization for the Poor in Sub-Saharan Africa. Framework Paper prepared for the AERC Project Workshop on “Understanding Links between Growth and Poverty Reduction in Africa”, Accra, Ghana. From website: http://www.aercafrica.org/publications/request.asp?itemid=480&category=

Erik Thorbecke (2009), The Anatomy of Growth and Development in Sub Saharan Africa. Framework Paper prepared for the AERC Project Workshop on “Understanding Links between Growth and Poverty Reduction in Africa”, Accra, Ghana. From website: http://www.aercafrica.org/publications/request.asp?itemid=481&category=

Douglas Gollin and Williams College (2009), Agriculture as an Engine of Growth and Poverty Reduction: What We Know and What We Need to Know. Framework Paper prepared for the AERC Project Workshop on “Understanding Links between Growth and Poverty Reduction in Africa”, Accra, Ghana. From website: http://www.aercafrica.org/publications/request.asp?itemid=482&category=

Duncan Thomas, 2009. The causal effect of health on social and economic prosperity: Methods and findings. Department of Economics and Duke Global Health Institute Duke University. AERC Health, Economic Growth and Poverty Reduction in Africa Framework Workshop, Accra, 2009.

Thomas Duncan and John Strauss. 1997. Health and wages: Evidence on men and women in urban Brazil. Journal of Econometrics, 77: 159-185.


Quelques réalités sur le concept de pauvreté

La pauvreté est multidimensionnelle en ce sens qu’il est difficile de l’appréhender totalement avec un seul paramètre. Comme il est impossible de disposer au même moment de tous les paramètres nécessaires à son étude, on est souvent contraint de se restreindre à quelques critères seulement. Ceci peut aussi être lié au fait que certains critères caractérisent seulement certaines régions et pas d’autres, ou même évoluent dans le temps pour devenir plus ou moins pertinents. Aussi dans l’espace et dans le temps, peuvent apparaître plus sieurs définitions de la pauvreté. Or il est déjà prouvé que deux définitions différentes de la pauvreté produisent des catégories différentes de pauvres pour le même territoire.

Comme on tourne très souvent au tour du critère de bien-être s’agissant de la pauvreté, le ménage apparaît comme l’unité idéale pour l’étude, car qu’il s’agisse de la consommation ou du revenu, il/elle s’y appréhende mieux (tout le monde étant pris en compte quel que soit son statut d’activité : nouveau-nés, vieillards, chômeurs, etc.). Mais la réalité sociopolitique exige que certaines catégories de la population soient étudiées à part pour l’amélioration de leur condition de vie : femmes, enfants, handicapés, etc. La difficulté à définir la pauvreté en général devient plus prégnante dans ces cas particuliers comme le montre l′exemple suivant.

 

Dans le but d’étudier la pauvreté des enfants dans les pays riches, une équipe de chercheurs a défini six dimensions de cette pauvreté (UNICEF, La pauvreté des enfants en perspective : Vue d’ensemble du bien-être des enfants dans les pays riches, Bilan Innocenti 7, 2007    Centre de recherche Innocenti de l’UNICEF, Florence  © Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance, 2007). Les dimensions ainsi retenues (que nous nommons aussi critères) sont les suivantes :

  1. Bien-être matériel,
  2. Santé et sécurité,
  3. Bien-être éducationnel,
  4. Relations avec la famille et les pairs,
  5. Comportements et risques,
  6. Bien-être subjectif.

 

Le critère 1 (Bien-être matériel) relève simplement de l’environnement familial avec trois composantes dont : pauvreté de revenu relative (% d’enfants vivant dans des ménages avec des revenus équivalents inférieurs de 50% à la médiane nationale), ménages sans travail (% d’enfants vivant dans des familles où aucun adulte n’a d’emploi) et dénuement (% d’enfants indiquant une aisance familiale réduite, % d’enfants indiquant des moyens éducatifs insuffisants, % d’enfants indiquant la présence de moins de 10 livres dans la maison).

 

Le critère 2 (Santé et sécurité) porte véritablement sur l’enfant et a aussi trois composantes : santé à l’âge de 0 à 1 an (nombre de décès avant l’âge de 1 an sur 1.000 naissances, % d’enfants nés avec une insuffisance pondérale (<2.500g), services de prophylaxie (%d’enfants de 12 à 23 mois vaccinés contre rougeole, DCT et polio) et sécurité (décès accidentels et non accidentels sur 100.000 enfants de 0 à 19 ans).

 

Le critère 3 est le bien-être éducationnel des enfants. Il a pour fondement l’article 29 de la Convention relative aux droits des enfants qui appelle à ‘favoriser l’épanouissement de la personnalité de l’enfant et le développement de ses dons et de ses aptitudes mentales et physiques, dans toute la mesure de leurs potentialités’. Il est appréhendé à travers trois composantes qui sont : résultats scolaires à l’âge de 15 ans (– niveau moyen en lecture, – niveau moyen en mathématiques, – niveau moyen en sciences), au-delà du savoir de base (– % des jeunes de 15 à19 ans qui continuent des études) et  transition vers l’emploi (– % des jeunes de 15 à 19 ans non engagés dans des études, une formation ou un travail, – % des jeunes de 15 à 19 ans en attente d’un travail peu spécialisé).

 

Le critère 4 s’étend sur les relations des jeunes dont les composantes sont : structure familiale (– % d’enfants vivant dans des familles monoparentales, – % d’enfants vivant dans des familles reconstituées), relations familiales (– % d’enfants qui déclarent prendre le principal repas de la journée avec leurs parents plus d’une fois par semaine, – % d’enfants qui déclarent que leurs parents prennent le temps de ‘bavarder avec eux’) et relations avec les pairs (% de jeunes de 11, 13 et 15 ans qui déclarent trouver leurs pairs ‘aimables et serviables’).

 

Le critère 5 étudie les comportements des jeunes et risques qu’ils prennent. Les composantes prises en compte sont : Comportements liés à la santé (– % d’enfants qui prennent le petit-déjeuner, – % d’enfants qui mangent des fruits chaque jour, – % d’enfants qui ont une activité physique, – % d’enfants trop gros), comportements à risque (– % de jeunes de 15 ans qui fument, – % de ceux qui ont été ivres plus de deux fois, – % de ceux qui font usage de cannabis, – % de ceux qui ont des rapports sexuels dès 15 ans, – % de ceux qui utilisent des préservatifs, – taux de fécondité des adolescentes), expérience de la violence (– % de jeunes de 11, 13 et 15 ans ayant participé à des bagarres au cours des 12 derniers mois, – % de jeunes déclarant avoir subi des brimades au cours des deux derniers mois).

 

Enfin, l’étude tente d’appréhender le Bien-être subjectif des jeunes, i.e. la perception des jeunes eux-mêmes sur leurs conditions de vie. Les sujets évoqués sont au nombre de trois : santé, vie scolaire et bien-être personnel. Ces composantes avec leurs indicateurs sont :

santé (– % de jeunes jugeant leur propre santé tout au plus ‘correcte’ ou ‘médiocre’, vie scolaire (– % de jeunes ‘aimant beaucoup l’école’), bien-être personnel (– % d’enfants se plaçant au-dessus du point médian ‘d’une échelle de satisfaction existentielle’, – % d’enfants portant un jugement négatif sur leur bien-être personnel).

 

L’étude porte sur 21 pays industrialisés et a une approche comparative. Elle se base en tout sur 40 indicateurs divers concernant la vie et les droits des enfants.  En pratique, les données permettant d’établir des ‘indicateurs idéals’ des différents aspects du bien-être de l’enfant étaient souvent inexistantes (ou du moins non disponibles sur une base de comparaison internationale). Dans de tels cas, on a décidé d’aller de l’avant en utilisant les meilleures données disponibles pour les pays examinés.

Pour l’analyse, chaque pays a été placé sur une échelle déterminée par le score moyen du groupe dans son ensemble. L’unité utilisée est l’écart-type. Pour faciliter l’interprétation, les résultats sont présentés sur une échelle avec une moyenne de 100 et un écart-type de 10. Mais il n’y a pas un résumé combinant les 6 dimensions pour donner moyenne de la pauvreté des enfants. Tout ceci montre la difficulté à définir certains concepts qui paraissent à première vue simples.

 

Il apparaît en conclusion qu’aucune dimension n’apparaît valable à elle seule comme indicateur du bien-être général de l’enfant et plusieurs pays de l’OCDE obtiennent un classement qui varie considérablement selon les diverses dimensions.

Par ailleurs, il n’y a pas de rapport direct entre le niveau de bien-être de l’enfant et le PIB par habitant. La République tchèque, par exemple, obtient un bien meilleur classement général que plusieurs pays nettement plus riches dont la France, l’Autriche, les États-Unis et le Royaume-Uni.

 

 



Retour au sommaire sur le Cameroun ou Retour au menu FECONDITE!