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La révolution des données : l′Afrique doit s′en saisir pour accélérer son développement socioéconomique !







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Nuptialité et divorcialité : facteurs de la dynamique des sociétés

La fécondité générale se compose pour plus de 90 % de la fécondité des mariages, en particulier dans les pays du Tiers-Monde. Il est donc important d′étudier le phénomène de la nuptialité susceptible d′expliquer comment s′effectue le renouvellement de la population.

Notion de mariage

D′après le dictionnaire multilingue, l′étude de la nuptialité comprend essentiellement celle des phénomènes quantitatifs résultant directement de l′existence, au sein des populations, de mariages ou unions légitimes, c′est-à-dire d′unions entre individus de sexe différent, instaurées dans des formes prévues par la loi ou la coutume, et conférant aux individus en cause des droits et obligations particuliers (Henry L, 1981, p.77).

La nuptialité a des incidences de sur les mouvements de population par l′intermédiaire de la fécondité légitime, mais aussi a des aspects socio-économiques importants. La plupart des études faites jusqu′ici différencient le phénomène par sexe. On n′a donc peu de recherches sur les couples ou la réunion des conjoints. L′évolution la plus spectaculaire en la matière porte sans doute sur l′accroissement important de la fécondité illégitime (donc peu de mariages) et d′expansion des unions entre partenaires de même sexe. C′est une évolution en cours dans les régions industrialisés (USA et Europe en particulier).

En définitive, le mariage est assez difficile à définir car sa forme varie selon les civilisations : mariage civil, coutumier, religieux, lévirat, union libre ou consensuelle, mariage monogame ou polygame, etc.. En définitive, l′événement étudié est défini en fonction des buts recherchés, la définition légale ne recouvrant pas toujours les unions telles qu′elles sont vécues par les populations. Dans les recensements, on se contente souvent de noter les déclarations des personnes interrogées concernant leur état matrimonial (sans chercher à savoir la nature exacte de l′union). On distingue systématiquement les états matrimoniaux suivants :

  • célibataires : personne n′ayant jamais été mariée (quel que soit son âge) ;
  • marié personne ayant contracté au moins un mariage et dont un conjoint au moins est encore en vie ;
  • veuf(ve) : personne dont le mariage a été dissous par le décès du (dernier) conjoint ;
  • divorcé : personne dont le (dernier) mariage a été dissous sans décès du conjoint.

Les catégories supplémentaires souvent introduites sont :

  • union libre ou consensuelle ;
  • séparé : personne qui a cessé de vivre avec son conjoint sans que le mariage soit rompu...

Les hommes mariés sont classés, dans les sociétés polygamiques, par le nombre de leurs épouses. Ici, il n′y a pas équivalence entre veuvage (ou divorce) et apparition d′un veuf (ou divorcé) chez les hommes. Dans l′étude de la nuptialité, deux distinctions sont à faire pour chaque sexe : le premier mariage d′une part et le remariage d′autre part. L′analyse est toujours conduite par sexe séparé.

En ne s′intéressant qu′aux premiers mariages, on étudie la nuptialité des célibataires. Les taux calculés sont de deux ordres : un taux par rapport à l′ensemble de la population de la tranche d′âges et du sexe considérés, et un taux par rapport aux célibataires. Le second taux implique la notion de risque, puisqu′au dénominateur ne figurent que les personnes courant le risque de se marier (tout comme dans le cas du calcul du taux de mortalité). On peut donc à partir de la série des taux calculés, en déduire les quotients de nuptialité de la même manière qu′on le fait pour la mortalité.

Une évolution controversée est aujourd’hui d’actualité. Il s’agit de mariage entre personnes de même sexe. L’homosexualité n’est pas une idée nouvelle, mais elle a pris une nouvelle ampleur au cours des dernières décennies. Néanmoins, elle ne fait pas encore l’hunanimité, même aux USA où chaque état lègifère à sa guise. Les Africains ont surtout beaucoup suivi le débat sur le « mariage pour tous » en France et on peut dire que l’Afrique y est déjà de pleins pieds puisque l’Afrique du Sud fait partie des pays qui reconnaissent le mariage homosexuel.

Statistiquement, les données sont rares, la plupart des recensements ne faisant pas référence à l’orientation sexuelle des individus. Globalement, l’acronyme LGBT (en Anlais Lesbian, Gay, Bisexual and Transsexual) est utilisé pour désigner les Lesbienne, Homosexuel, Bisexuel et Transsexuel. Pour en savoir plus, reportez-vous à mariage entre personnes de même sexe (données éparses issues du Web en Anglais). Dans les définitions et autres analyses faites par la suite ici, il n’est pas pris en compte cette notion de LGBT.


Analyse longitudinale de la nuptialité des célibataires

Table de nuptialité

La table de nuptialité des célibataires (par sexe) d′une génération présente des similitudes avec la table de mortalité. Les variables prises en compte sont les suivantes :

  • x : anniversaire (âge exact), avec 13, 15 ou 18 ans comme âge de début de nuptialité) ;
  • Cx : nombre de célibataire à l′âge exact x ;
  • m(x,x+1) : nombre de premiers mariages entre les anniversaires x et x+1 ;
  • 1nx : le quotient de nuptialité, Equation 56.

La table de nuptialité mesure les mariages entre les célibataires par âge, en l′absence de la mortalité et de la migration. Le tableau suivant donne les niveaux de quotients de nuptialité en 1976 au Cameroun.


Anniversaire

Table féminine

Table masculine

x

Série des célibataires Cx

Mariage m(x,x+1)

Quotient de nuptialité (%o)

Série des célibataires Cx

Mariages m(x,x+1)

Quotient de nuptialité (%o)

12

1000

15

15,0

 

 

 

13

985

32

32,4

 

 

 

14

953

73

81,8

1000

2

2,0

15

875

160

182,8

998

2

2,0

16

715

125

174,5

996

12

12,0

17

590

130

220,3

984

19

19,3

18

460

85

184,7

965

25

25,9

19

375

65

173,3

940

40

42,5

20

310

55

177,4

900

50

55,5

21

225

45

176,4

850

50

58,8

22

210

40

190,4

800

60

75,0

23

170

25

147,0

740

80

108,1

24

145

20

137,9

660

85

128,8

25

125

17

136,0

575

83

144,3

26

108

15

138,8

492

70

142,3

27

93

10

107,5

422

62

146,9

28

83

8

96,3

360

53

147,2

29

75

7

93,3

307

43

136,8

30

68

6

88,2

265

25

94,3

31

62

3

48,3

240

23

95,8

32

59

2

33,8

217

17

78,3

33

57

3

52,6

200

15

75,0

34

54

2

37,0

185

10

54,1

35

52

5

96,1

175

40

228,6

40

47

2

42,5

135

31

229,6

45

45

-

-

104

4

38,5

50

 

 

 

100

13

130,0

55

 

 

 

87

3

34,5

60

 

 

 

84

-

-

65

 

-

-

 

 

 

Source : RGPH 1976, vol. II, tome 2

Tables de nuptialité du Cameroun en 1976

La racine de la table est C12 pour les femmes et C14 pour les hommes. Ces racines sont toujours une puissance de 10 par commodité. De la table, on tire les relations suivantes : m(x,x+a) = Cx.anx (mariages entre les âges exacts x et x+a) Cx+a = Cx - m(x,x+a) = Cx (1 - anx).


Caractérisations de la nuptialité

Le dernier terme de la série des célibataires n′est pas nul (contrairement à la mortalité). Dans l′exemple camerounais de 1976, C40 pour les femmes est le nombre de femmes qui restent définitivement célibataires (C65 pour les hommes). Si on note α l′âge de début de la nuptialité et Ω l′âge à partir duquel le mariage n′a plus lieu, le rapport Equation 57 mesure la fréquence du célibat définitif. Son complément à l′unité mesure l′intensité de la nuptialité des célibataires (le nombre moyen de premiers mariages par personne en âge de se marier), soit Equation 58.

La distribution de la série des mariages (m(x,x+a)) par groupes d′âges d′amplitude a donne le calendrier de la nuptialité des célibataires. La comparaison de deux calendriers se fait en prenant en compte les fréquences de mariages entre anniversaire et non directement la série des mariages m(x,x+a) influencée par l′intensité de la nuptialité.

L′âge moyen au premier mariage est la moyenne pondérée des âges au premier mariage, sous l′hypothèse de la répartition uniforme des mariages entre anniversaires successifs. Soit m cet âge. On a : Equation 59 ; avec 15 et 50 comme limites d′âges de nuptialité, m devient : Equation 60 soit encore Equation 61.

Dans le cas des groupes d′âges multiples, l′hypothèse de la distribution uniforme des mariages à l′intérieur du groupe d′âges n′est plus vérifiée aux groupes d′âges extrêmes, et des ajustements doivent être faits sur les coefficients de pondération. Avec les groupes d′âges quinquennaux par exemple, on pourrait avoir : Equation 62, pour une population dont les âges de nuptialité s′étalent entre 15 et 50, tenant ainsi compte des mariages plus nombreux vers 20 ans que vers 15 ans, et vers 45 ans que vers 50 ans.

Les âges médian (moitié des célibataires mariée) et modal (maximum de mariages) quant à eux peuvent être estimés à partir de la série des mariages m(x,x+1) et des fréquences cumulées des mariages par âge. Des interpolations sont souvent nécessaires pour obtenir ces âges exacts.

On a jusqu′ici fait abstention de la mortalité. Pour arriver au mariage, le célibataire doit d′abord échapper à la mort. Soit (S′x, d′(x,x+1), q′x) la table de mortalité des célibataires (elle est en général différente de celle de la population entière du fait de la surmortalité des célibataires).

Alors, en réalité on aura C′x célibataires à l′anniversaire x, représentant les survivants à l′âge x des Cα célibataires initiaux et qui ne se sont pas mariés. L′hypothèse d′indépendance entre la nuptialité et la mortalité conduit à : Equation 63.

Entre les anniversaires x et x+1, on a :

  • C′x (1-q′x)nx mariages ;
  • C′x (1-q′x)(1-nx) célibataires restants ;
  • C′x q′x décès avant l′anniversaire x+1, parmi lesquels C′xq′x(1-nx) ne se seraient pas mariés et C′xq′xnx se seraient mariés avant de mourir. En supposant mariages et décès uniformément répartis entre les anniversaires x et x+1, on ne retient que la moitié des mariages C′xq′xnx comme moyenne annuelle (0 en début et C′xq′xnx à la fin de l′année). D′où le nombre de mariages effectivement observés : Equation 64.

Après transformation, on a : Equation 65 (α est souvent égal à 15).

Probabilités de mariages et de décès des célibataires entre les anniversaires x et x+1
MORTALITE

NUPTIALITE

1-q′x

survie

1-nx célibat

nx mariage

 

(1-q′x)(1-nx)

Célibataires survivants

(1-q′x)nx

mariés survivants

(1-q′x)nx +q′xnx/2

=(1-q′x/2)nx

q′x

Décès

q′x(1-nx)

décès de célibataires ne devant pas se marier

q′xnx décès dont 1/2 avant le mariage et 1/2 après

 

 

q′x(1-nx)+q′xnx/2 = (1-nx/2)q′x décès de célibataires


Solution "exacte" (table de nuptialité des célibataires à partir des quotients de nuptialité)

Dans une observation continue, supposons que l′on dispose pour une génération des données suivantes :

  • m′(x,x+1) mariages de célibataires à x ans révolus
  • d(x,x+1) décès de célibataires à x ans révolus
  • C′x effectif de célibataires à x ans exacts.

Ces quantités sont différentes des m(x,x+1), d′(x,x+1) et Cx des tables correspondantes de mortalité et de nuptialité des célibataires. Les calculs précédents donnent : Equation 66, d′où : Equation 67.

Du tableau précédent, on a également : Equation 68. En assimilant C′xq′x/2 à d(x,x+1)/2, on commet une erreur qui surestime cette dernière quantité de C′xq′xnx/4. On a alors le quotient suivant légèrement sous-estimé : Equation 69. Chroquis Nupt1 Chroquis Nupt2

En notant I′(x,x+1) et E′(x,x+1) les immigrants et les émigrants célibataires entre les anniversaires x et x+1, on a la formule générale du quotient suivante, résultant d′un raisonnement identique à la prise en compte du phénomène perturbateur mortalité : Equation 70.

Dans la pratique, il est aisé d′avoir l′effectif C′ des célibataires à l′âge révolu x à la suite d′un recensement. Alors on peut disposer du cas de figure ci-après, si on a accès à quelques bonnes informations de l′état civil.

Alors le quotient de nuptialité s′écrit : Equation 71. En admettant que d1 est peu différent de d2, on a : Equation 72.

Solutions approchées

Avec la proportion des célibataires (par sexe)

Soient pour tout anniversaire x, Sx l′effectif total de la génération et C′x les célibataires observés. Si l′on note Cx les célibataires de la table de nuptialité, S′x les survivants de la table de mortalité des célibataires et S"x les survivants de la table de mortalité de la génération, alors : Equation 73, et Equation 74. On en déduit que : Equation 75. La série des célibataires de la table Equation 76 est donc égale à la proportion des célibataires dans la génération au facteur correctif Equation 77 près (facteur légèrement supérieur à 1 à cause de la surmortalité des célibataires après 15 ans).

Avec les mariages réduits

Considérons le cas illustré par le graphe ci-après dans lequel S′x est l′effectif des célibataires de la génération à l′âge x. Alors, on appelle mariage réduit à l′âge x le rapport : Equation 78. En remplaçant m′(x,x+1) et Sx par leurs formules bien connues, on aboutit à : Equation 79, en posant Equation 80 et Equation 81. La série des mariages Equation 82 de la table de nuptialité des célibataires est donc égale à celle des mariages réduits au coefficient Equation 83 près (supérieur à 1).

Pour une amplitude pluriannuelle a, on a : Equation 84 et Equation 85.

Taux et quotients de nuptialité

Taux de première catégorie et quotients

Un taux de première catégorie est un taux dans lequel la population de référence est formée de personnes de générations (ou cohortes) n′ayant pas encore subi l′événement étudié. Le taux de première catégorie de nuptialité à l′âge x, tx, est le nombre de mariages de célibataires à l′âge révolu x rapporté à l′effectif moyen des célibataires du même âge. Taux de 1ere categorie Taux de 1ere categorie2

Plusieurs cas de figures peuvent se présenter pour le calcul de tx. De la figure ci-dessus, on a les diverses formules de tx suivantes :

  • Cas 1 : Equation 86,
  • Cas 2 : Equation 87,
  • Cas 3 : Equation 88,
  • Cas 4 : Equation 89,
  • Cas 5 : Equation 90,
  • Cas 6 : Equation 91,
  • Cas 7 : Equation 92.

Dans le cas 1, en ajoutant les décès observés des célibataires d(x,x+1), le quotient 1nx s′écrit : Equation 93, le taux tx est donné par : Equation 94.

On a donc : Equation 95, en posant : Equation 96. D′où : Equation 97.

La relation généralisée s′écrit : Equation 98 pour un groupe d′âges pluriannuels a (a ne dépassant pas 10).


Taux de seconde catégorie et événement de table

Un taux de deuxième catégorie est un taux dans lequel la population de référence est formée de l′ensemble des membres de la génération (ou cohorte) intéressés par le taux en question. Ainsi, le taux de nuptialité de deuxième catégorie à l′âge x, t′x est le nombre de mariages de célibataires d′âge x rapporté à l′effectif moyen de la population d′âge x, tous états matrimoniaux confondus.

Toutes les configurations vues dans le cas du taux de première catégorie peuvent se présenter, et il suffit dans chaque cas de remplacer l′effectif des célibataires C′x par l′effectif Sx de la population.


Analyse transversale de la nuptialité des célibataires

L′analyse transversale de la nuptialité est l′analyse de la nuptialité au cours d′une année ou d′une période. Les synthèses transversales permettent d′étudier les variations à court terme d′un autre côté, elles sont les seules conduisant à une étude de la nuptialité en Afrique où les observations continuent font largement défaut. On établit généralement la somme des mariages réduits et construit une table de nuptialité du moment sur la base de la cohorte fictive.

Taux brut de nuptialité

Le taux brut de nuptialité (TBNu) est le rapport du nombre de mariages survenus au cours d′une année à la population moyenne de l′année (ou plus généralement le rapport des mariages d′une période donnée au nombre correspondant de personnes-années durant cette période).

L′état civil, dans les pays où il est bien organisé, est le meilleur moyen pour avoir le nombre de mariages annuels. Le TBNu est influencé par la fréquence du célibat définitif, les âges au mariage des générations en âge de se marier, la structure par sexe et par âge de la population. En cas de déséquilibre de sexe, les individus du sexe le moins nombreux seront avantagés sur le marché matrimonial. Le type de l′union influence également ce taux. En effet, on fait souvent référence au couple parlant du mariage. Or avec la polygamie, la notion de couple n′est plus respectée (un second mariage ne donnant pas lieu à l′existence de deux couples distincts).

La table par sexe de nuptialité des célibataires comprend donc 4 colonnes donnant l′âge, les personnes encore célibataires, les taux de nuptialité (premier rang) et les quotients de nuptialité (premier rang). L′intervalle d′âge considéré dépend du sexe et varie selon les pays. En général à 50 ans, on suppose que les premiers mariages ne peuvent plus se conclure et alors le reliquat des célibataires forme ce qu′on appelle célibataires définitifs.

Principe de la cohorte fictive

La cohorte fictive est une cohorte qui subirait à chaque âge les taux et quotients de nuptialité observés durant une année dans les différentes générations. Malgré ce caractère fictif, certains indices transversaux, telle la somme des événements réduits, ont une assez grande portée. Si on dispose pour une année civile de la série des taux de nuptialité de seconde catégorie ou mariages réduits m(x,x+1) aux différents âges, on peut en déduire la table de nuptialité des célibataires (les m(x,x+1) étant assimilables aux mariages de la table à un coefficient près). Le même procédé appliqué à la cohorte fictive, on aboutirait à la série des premiers mariages contractés entre 15 et 50 ans par cette cohorte fictive. La somme des premiers mariages m(x,x+1) noté S est la somme des premiers mariages réduits. Si dans une génération la somme des mariages de la table donne l′intensité du mariage, l′interprétation de S n′est pas aisé, S pouvant dépasser 1 dans certains cas !

Les mariages réduits dans la génération i à l′âge atteint x sont notés mxi. La somme des mariages réduits de l′année 0 est donc égale: Equation 99 (influencée par les calendriers de 36 générations). Pour chaque génération i, on a : Equation 100. Le calendrier (axi) est donné par Equation 101. D′où Equation 102, montrant que S varie en fonction du calendrier et de l′intensité des différentes générations.

Table de nuptialité du moment

La table de nuptialité du moment est la table de nuptialité d′une cohorte fictive qui subirait à chaque âge la nuptialité observée durant l′année étudiée. La méthode construction est la même que pour une table de génération (proportions des célibataires, quotients, mariages réduits). Les anomalies possibles liées à l′effet de génération sont l′augmentation des proportions des célibataires avec l′âge et la possibilité d′aboutir à une somme des mariages réduits supérieure à l′unité. Si le comportement des générations en matière migratoire est stationnaire dans le temps (calendrier et intensité peu variables pour toutes les générations), la table du moment peut refléter l′intensité réelle de la nuptialité (au biais près introduit par la mortalité et la mobilité différentielles).

La construction effective de la table dépend des données disponibles : Quotients, taux ou proportions des célibataires.

Ruptures d′unions

Toute union finit tôt ou tard par être rompue soit par le décès d′un conjoint, soit par le divorce. Ces deux phénomènes perturbateurs du mariage peuvent être étudiés séparément.

Le veuvage résulte du décès du conjoint et dépend donc de la mortalité des personnes mariées dans la population. Si l′on connaît cette mortalité par sexe, en tenant compte de la différence d′âge au mariage entre l′homme et la femme, on peut construire une table des unions subsistantes par durée de mariage en l′absence de divorce en combinant les probabilités de survie des hommes et des femmes mariés.

La définition du divorce rencontre encore plus de difficultés que celle du mariage, surtout en Afrique (remboursement préalable de la dot...). Le divorce se définit par rapport à un type de mariage contracté, lequel comporte des règles spécifiques en matière de divorce.

Dans les recensements, on se contente souvent de prendre comme tel l′état matrimonial déclaré par chaque personne. Le taux brut de divortialité se calcule en rapportant les divorces annuels à la population moyenne de cette année. Cet indice peut être raffiné (Cf. Analyse de la nuptialité, par F. Gubry, IFORD 1984, pp. 89-94).

Polygamie et remariage

Les mariages peuvent être simultanés (polygamie) ou successifs (remariage).

Polygamie

Le terme polygamie recouvre théoriquement deux formes de mariages : le mariage d′un homme à plusieurs femmes, et le mariage d′une femme à plusieurs hommes (polyandrie). Du fait que seule la première forme prévaut en Afrique, la polygamie se référera uniquement ici à celle des hommes.

La difficulté d′étude de la polygamie réside dans la fluctuation du nombre d′épouses qui peut croître ou décroître, rendant complexe une étude longitudinale. Ce sont les recensements qui fournissent les données pour le calcul de la plupart des indices. On a en particulier :

  • le taux (p) de polygamie qui est la proportion d′hommes polygames parmi les hommes mariés (par âge) ;
  • le nombre (e) d′épouses par polygame (par âge) ;
  • le nombre (m) d′épouses par homme marié (par âge). Par suite : m = 1 + p(e-1).

En sous-estimant la migration des individus sans leurs conjoints, le nombre total de femmes mariées divisé par l′effectif des hommes mariés estime assez bien le nombre d′épouses par homme marié (m).

L′existence d′une polygamie élevée et d′une nuptialité masculine intense ne doit pas amener directement à conclure à un excédent d′effectif féminin dans la population. L′écart d′âges entre époux peut être un facteur explicatif de cette situation.

Remariage des veufs et divorcés

Le remariage serait assez complexe à étudier chez les hommes en milieu polygamique, compte tenu des divers événements matrimoniaux qu′un homme peut connaître à la fois (plusieurs mariages à la fois ou en différé, divorce ou décès de certaines femmes sans que l′état matrimonial du mari ne change, etc.).

Il est donc plus aisé d′étudier le remariage seul des veuves et des divorcées. Les indices calculés dépendent des données disponibles : taux global de mobilité conjugale (ensemble des mariages des femmes sur l′effectif total des femmes en âge nubile, mariées ou non) ; raffinage de ce taux en rapportant les mariages sur l′effectif des femmes mariées, ce qui donnerait une idée du nombre moyen de mariage par femme, et un ordre de grandeur de l′intensité du remariage. Ce taux peut être calculé par âge.






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